Casio PB-700 : mon premier ordinateur de poche
Dans mon premier article, je vous avais parlé de ma découverte des ordinateurs de poche, en 1980. Ce n’est que 4 ans plus tard que j’ai
finalement acheté d’occasion mon Casio PB-700 à mon jeune frère, qui voulait absolument s’offrir un Canon
X-07. Pourquoi avoir attendu 4 ans ? Mais à cause du
manque de moyens, pardi ! Cette machine coûtait 1700 FF de l’époque, ce qui fait 423 € (actualisé).
Je crois que je l’avais payé à mon frère 200.- Frs alors qu’il en valait 300.- Frs neuf. Il était comme neuf et avec son interface cassette
FA-4, donc c’était une bonne affaire.
Photo 1 : Casio PB-700
Les concurrents
Puisque je m’étais enfin décidé, non pas que je sois indécis mais désargenté, à faire l’achat d’un ordinateur de poche, pourquoi ai-je
finalement accepté ce que me proposait mon frère, comparé à ce qu’on trouvait alors sur le marché ?
Si vous vous souvenez, le Sharp PC 1500 coûtait environ 500.- Frs en 1983 (2300 FF soit 614
€ actuels), ce qui est énorme ! Bien sûr je préférais le Sharp, mais quel prix ! Chez les concurrents, qu’y avait-il ? Le HP 75C
puis le HP 75D. Des monstres de puissance, de par leurs options, leurs connections possibles, y compris sur un moniteur et des imprimantes de
bureau (A4) et tables traçantes, leurs modules d’extensions, et leur…prix : 10000 FF (de 1983, soit 2673 € actuels) !!!
Donc trop cher.
Finalement cet achat était le meilleur rapport qualité/prix ou plus précisément (car je n’aime pas les compromis) la meilleure qualité et le
meilleur prix.
A côté de cela, le Casio PB-700 disposait de beaucoup d’atouts : un écran de 4 lignes
de 20 caractères et la possibilité d’étendre la mémoire à 16 ko, ce qui, à l’époque, était absolument dingue, 10 zones de programmes, les interfaces FA-10 et FA-11 avec imprimante large,
enregistreur de cassette intégré etc.
En 1984 les ordinateurs familiaux avaient 64 ko (par exemple le Commodore 64, un des plus
populaires), ce qui n’est que 4 fois supérieur au Casio PB-700. Ces pockets talonnaient donc en possibilités les ordinateurs fixes. En fait je pense pouvoir dire qu’ils n’étaient pas concurrents,
mais plutôt complémentaires. Pourquoi ? Eh bien, pour les étudiants dans les branches scientifiques (en 1984), il fallait avoir une calculatrice programmable ou un ordinateur de poche
performant pour l’école, et souvent pour s’amuser ils avaient, à la maison, un Commodore 64, ou Sinclair
Spectrum, un Amstrad CPC 464, un Dragon 64 etc, ou, s’ils étaient plus
fortunés, carrément un Apple 2c ou un Apple Macintosh, les 2 derniers étant plutôt ce qu’on appelait des ordinateurs « professionnels ».
Liste de mon matériel
Ayant reçu « mon » Casio, j’ai fait le tour du propriétaire : pour les 200.- Frs, j’ai eu l’ordinateur avec sa housse en
simili-cuir un peu trop mou, l’interface cassette FA-4 pour effectuer des sauvegardes, le manuel d’utilisation intitulé : « Casio PB-700, randonnée au pays du Basic ».
Photo 2 : Casio PB-700 et mes accessoires
Au début je ne voyais pas à quoi pouvait bien me servir cette interface (sans imprimante), mais plus tard, quand il s’est
agi d’écrire des programmes de plus en plus longs de 5 ko, j’ai regardé la chose d’un autre œil. Imaginons que je doive effacer plusieurs de mes programmes pour avoir la place pour en écrire
d’autres et que plus tard, j’aie envie de réinstaller mes premiers programmes. La solution, jusqu’ici, était de tout recopier à la main pendant des heures parfois. Grâce à cette interface
connectée à un enregistreur de cassettes, il suffisait de quelques minutes seulement pour recharger en mémoire mes programmes.
Maintenant, en 2007, cela semble tellement évident, on fait cela tous les jours
avec des disquettes ou avec des clés USB, mais à l’époque, pour un petit ordinateur de poche programmable en Basic, c’était absolument nouveau et génial !
A remarquer que le tout premier ordinateur de poche, le Sharp PC 1211 avait déjà son
interface-imprimante dédiée.
Au fil du temps, j’ai complété ma machine. 3 modules de mémoire OR-4, un livre de jeux : « Faites vos jeux sur PB-700 ». J’ai
gardé mes 2 plaquettes publicitaires de l’époque, et surtout j’ai encore tous les listings de mes programmes : 60 en tout sont sauvegardés sur cassette, et une partie « imprimés à la
main ».
Boîte de protection
Bon, quand j’ai eu cette machine, je me suis mis à apprendre à pianoter dessus mes premiers programmes, et je dois dire que c’est vraiment
plus simple que les Sharp. Avec un écran de 4 lignes, entièrement matriciel, on peut vraiment travailler sur ses listings et utiliser les graphismes.
Je dois dire qu’à ce moment, j’ai eu une inquiétude à le prendre à l’école. Pour 2 raisons : le risque
de l’abîmeret le risque de fauche.
Pour le risque de me le faire voler, je n’étais pas très tranquille, mais comme j’étais le seul à avoir un ordinateur de poche dans une
classe de 20 étudiants, tout le monde se connaissant, un de mes « si gentils collègues » aurait été très con de me le faucher. En classe donc, je le conservais caché dans ma serviette
et je ne le sortais que lorsqu’il y avait des calculs à faire. J’aurais pu le laisser à la maison, mais alors à quoi aurait servi un ordinateur « de poche-fait-exeprès-pour le
prendre-à-l’école » ? Par contre, quand on était dans les grands auditoires de 250 personnes pour les cours communs de math, chimie et physique, j’évitais de le montrer (pour suivre un
cours, pas besoin de cela) et je ne laissais pas ma serviette sans surveillance.
Pour le risque de l’abîmer, c’était autre chose. Comme je l’ai déjà dit, l’étui ne protégeait que contre la poussière et les rayures.
Mais contre les chocs que subissent les serviettes d’étudiants en les posant par
terre, en recevant des coups de pieds de tous les maladroits alentour etc. Que faire ? J’ai d’abord cherché un étui en métal, quelque chose de « blindé », mais sans succès. J’ai
donc construit une boîte de protection en bois lamellé-collé fin, recouverte entièrement de cuir couleur turquoise. L’attache de fermeture était en velcro, et cela a tenu de longues
années.
Photo 3 : ma boîte en bois recouverte de cuir, extérieur et intérieur
Photo 4 : la boîte ouverte, comme un écrin pour ce petit bijou
En classe, quand on entendait « Scrrrrrratchhhhhhhhhhh », tout le mode savait que je dégainais ma machine.
Cette boîte a parfaitement rempli son office : si mon Casio est dans un état de neuf aujourd’hui, c’est grâce à cette protection.
Caractéristiques techniques
La caractéristique principale du Casio PB-700, je dirais que c’est son écran graphique de 4 lignes de 20 caractères, qui est en fait une seule matrice de 160 points sur 32 points. Cet écran saute aux yeux, si je puis dire, dès qu’on
voit la machine. Pensez donc. A ma connaissance, il n’y a que l’Epson HX-20 (sorti en 1982) qui en ait un identique. Les Sharp PC 1600, Sharp PC 1350 et Sharp PC 1360 ne sont venus
que plus tard, vers 1986 je crois. Chez HP, ils n’ont eu que 2 ordinateurs de poche en Basic (les HP 75 et HP
71b), et avec des écrans d’une seule ligne (mais connectable à une télé, je suis d’accord). Le Canon X-07 que mon frère a acheté
est sorti courant 1984, un peu plus tard. Donc ce Casio PB-700 était, je pense, le premier ordinateur « de poche » ayant un écran aussi
grand (l’Epson n’étant pas de poche, ou alors une très grande poche au format A4 ;-).
Cet écran, loin d’être un gadget, permettait une grande facilité d’édition. On voyait d’un seul coup d’œil quelles étaient les lignes
au-dessus et celles au-dessous.
Toutes les touches alphanumériques donnent accès à une des fonctions Basic les plus utilisées, soit 26 fonctions. C’est à l’usage très
pratique.
L’alimentation est constituée de 4 piles AA, ce qui est le mieux à mon avis. On peut sûrement mettre à la place des accus AA.
La mémoire vive est de 2,8 ko utilisateur, c’est franchement peu par rapport aux premiers modèles (le Sharp
PC 1211 avait 1424 octets en 1980). En fait ces petits galopins de chez Casio se sont dits qu’il valait mieux vendre des modules d’extension de mémoire en option, histoire de se
sucrer encore un coup au passage. C’est ce que j’ai fait. J’ai acheté 1 module Casio OR-4 de 4 ko, puis un deuxième, puis un troisième. Le coût était de 89.- Frs pièce (450 FF, soit 112 €
actuels), ce qui portait le facture finale à environ 570.- Frs, soit presque le double du prix de la machine seule ! Mais bon, je dois dire que cela en valait vraiment la peine. La mémoire totale arrive alors
à 16 ko, du jamais vu !
Photo 5 : face arrière du Casio PB-700 ouverte
Photo 6 : les 3 modules d’extension de mémoire Casio OR-4
Le Casio PB-700 a un haut parleur, ce qui ne veut pas dire qu’on peut y programmer de la
musique, comme sur l’Epson HX-20, mais
seulement 2 tons : BEEP 0 et BEEP 1. C’est tout. Pour faire PIN-PON, c’est génial, mais pour la Cinquième symphonie de Beethoven, c’est un peu court, les gars de chez Casio !!
Les variables peuvent avoir 2 lettres, ce qui n’est pas mieux que le Sharp PC 1500, mais
suffisant. Les tableaux sont à 2 dimensions, mais qui en emploie plus ?
La fonction SYSTEM indique la mémoire vive restante, mais aussi les zones de programmes utilisées et celles qui sont vides. C’est très pratique.
Photo 7 : commande « SYSTEM », les 10 zones de programmes sont vides, et il y a 15152 octets libres.
Bien sûr il y a les 3 modes angulaires, degrés radians et grades (utiles pour les géomètres), le traitement de chaînes de caractères. Une des
fonctions intéressantes est la possibilité de mettre un mot de passe, pour éviter de modifier un programme par inadvertance, et ceci pour chacune des 10 zones de programmes.
Les programmeurs spécialistes regretteront l’absence de langage machine. À l’époque, je pensais que cela ne servait à rien, mais maintenant,
en tant que collectionneur, j’aurais trouvé cela intéressant.
Utilisation de ma machine
J’en ai écrit des programmes, mais comme il y a beaucoup à dire là-dessus aussi, je pense que cela fera l’objet d’un autre article.
Photo 8 : listing du programme « Matrice », écrit à la main. Page 1 sur 5